Le Râle des genêts en Moyenne Vallée de l’Oise

La Moyenne Vallée de l’Oise, site Natura 2000 constitué de plus de 3000 ha de prairies alluviales (plus 50% du site), représente un grand réservoir de biodiversité qui accueille de nombreuses espèces menacées comme le Râle des genêts. Du fait de son patrimoine naturel, de nombreux périmètres d’inventaires et de protection se sont mis en place tels qu’une ZICO (12 000 ha), une ZPS (5626 ha) et une ZSC (2952 ha).

A ce jour le Râle des genêts est considéré comme un emblème pour les prairies de fauches alluviales. En 2009, la Picardie était le second site d’accueil du Râle des genêts en France et la Moyenne Vallée de l’Oise était le premier et principal site picard avec 6% de la population française. Depuis de nombreuses années, le Conservatoire d’espaces naturels de Picardie met en place des actions permettant la conservation et la protection de cette espèce. Dans ce contexte, le programme européen LIFE+ Râle des genêts a débuté en 2011. Ce programme permet aujourd’hui de poursuivre un certain nombre d’actions déjà mises en place mais aussi d’en réaliser et d’en tester de nouvelles sur le terrain.

L’estimation de la population de Râle des genêts en Moyenne Vallée de l’Oise s’effectue depuis 1990 et est menée chaque année de même manière. Cette année, les effectifs en Picardie sont élevés. Dans la ZPS de la Moyenne Vallée de l’Oise entre 24 et 25 mâles chanteurs ont été recensés. Cela en fait la quatrième meilleure année depuis 1990. En Picardie, au total, entre 26 et 28 mâles chanteurs ont été localisés. On remarque que les effectifs se stabilisent malgré des années catastrophiques comme en 2010 (5 mâles chanteurs) et 2011 (3 mâles chanteurs).

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Ces variabilités interannuelles montrent bien que l’espèce est encore menacée. Les importants effectifs de cette année peuvent être expliqués par une pluviométrie printanière très importante qui a favorisé le développement du couvert végétal et donc de l’installation du râle dans les prairies. De plus, des inondations tardives sur les prairies des Basses Vallées Angevines, bastion français de l’espèce, ont certainement été défavorables engendrant un déplacement des individus vers les vallées du Nord-Est de la France. Ces importantes précipitations ont également eu un impact marqué sur les dates de fauche. Cette année, les fauches ont été exceptionnellement tardives. Près de 60% des prairies ont été fauchées après le 15 juillet ce qui est tout à fait remarquable et favorable pour le râle.
Cette année, l’équipe du CEN Picardie a accru sur le terrain le suivi des fauches afin d’observer et sauver des nichées de Râles des genêts. Ces suivis ont permis de sauver plusieurs juvéniles et d’observer leur fuite au moment de la fauche apportant des données essentielles sur leur comportement. Un premier test d’équipement d’individus avec des radio-émetteurs a été réalisé à cette occasion. Ces observations permettent de proposer des améliorations à effectuer sur les conditions de fauche.

Le LIFE+ Râle des genêts a également permis de mettre en place de nouvelles actions telle que l’utilisation d’un système d’effarouchement : la barre d’envol. Deux types de barres ont été testés dans les prairies (à chaines et à griffes). Au vu des premières observations, la barre à chaînes ne semble pas concluante (les chaînes pénétrant mal la végétation) alors que les griffes (montées sur pivot pour conserver une certaine souplesse) semblent efficaces sur la faune prairiale (râle mais aussi d’autres espèces). La mise en place de cette barre d’envol a également pour objectif de sensibiliser les agriculteurs en leur permettant d’observer la faune prairiale (Râle des genêts, faisans, cailles, etc). Actuellement, plusieurs d’entre eux sont demandeurs de ce type d’installation et certains se sont portés volontaires pour en tester l’année prochaine.
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En 2012, la mesure d’urgence a aussi été mise en place pour la première fois en Moyenne Vallée de l’Oise. Au total 4,5 hectares ont été conventionnés en mesure d’urgence sur des zones où des mâles chanteurs avaient été auparavant localisés. Cette convention signée entre les agriculteurs et le Conservatoire implique un retard de fauche au 31 juillet et permet au Conservatoire de suivre celle-ci afin de vérifier l’efficacité de cette mesure. La fauche de deux parcelles soumises à cette mesure a été suivie les 1er et 20 Août mais aucun Râle des genêts n’a été observé car les juvéniles étaient certainement déjà volants et en déplacement. En revanche d’autres animaux s’y étaient réfugiés ce qui montre son efficacité pour la faune prairiale. Les deux parcelles restantes seront fauchées plus tardivement encore.
Les résultats obtenus cette année grâce aux différentes actions engagées sont très encourageants. Espérons que la continuité de ces actions dans le temps aura un véritable impact sur les populations de Râle des genêts à l’échelle régionale et nationale.

Julie Chauvigné, Pascaline Loquet & Francis Meunier

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